Potosí, ville coloniale ou "heyho heyho on rentre du boulot"

November 12, 2016

 

La vielle ville est inscrite au patrimoine mondiale de l'UNESCO depuis 1987 mais également sur la liste du patrimoine mondial en péril depuis 2014 (notamment en raison de la dégradation potentielle du site par les opérations minières et de la relative incapacité à mettre en œuvre la législation protectrice). Elle est établie à 4090m d'altitude, ce qui en fait la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde battant même Lhassa!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le centre historique de Potosí abrite une étonnante concentration d'églises coloniales mais dès qu'on sort de ce quartier ce que l'on voit dénote un peu. Cette ville est le symbole du pillage des ressources par la colonisation qui fut au coeur de l'enrichissement de l'Espagne coloniale.

 

La mine de Potosí, le cerro Rico ("colline riche"), est encore en activité  aujourd'hui et ne tarit pas de ressources, car si les filons d'argents se font plus rares, l'étain, le plomb, le cuivre et le zinc abondent. Près de 6000 hommes (et non femmes, selon leurs croyances elle risqueraient de porter malheur dans la mine, le guide nous dira d'ailleurs de ne pas toucher les parois à l'intérieur de la mine s'il y a des mineurs autour) triment encore dans les entrailles de cette mine gargantuesque qui reste une des rares sources de revenus pour les gens de la région.

 

  • Un peu d'histoire

Vers 1545, un indien de l'Altiplano, Huallpa eu la bonne idée de révéler aux espagnols l'existance de Sumaj Orcko (la "plus belle montagne" en Quechua). Elle fut exploitée pendant 3 siècles par les espagnols, il y eu jusqu'à 10 000 galeries creusées et plusieurs milliers d'entrées. Cette exploitation inhumaine a provoqué la mort de 7  à 8 millions d'hommes, d'abord des locaux, indiens Aymara et Quechua puis des esclaves venant d'Afrique. Vers la fin du XVIe siècle les colons imposent aux esclaves de travailler par roulement de 12h sous terre pendant 4 mois. Comme nourriture les indiens n'avaient que des feuilles de coca à mâcher qui a entre autre des vertus coupe faim et énergisante. Autant dire que les esclaves ne devaient pas faire long feu, entre la faim, le manque d'oxygène et les gaz toxiques présents dans la mine (poussière de silice, gaz d’arsenic, vapeur d'acétylène, et même quelques dépôts d'amiante).

 

C'est l'Europe qui bénéficiera le plus du métal précieux qu'exploitait l'État espagnol : l'argent extrait de la montagne dans des quantités colossales alimente les caisses de la couronne espagnole, mais sert ensuite, non à développer l'économie espagnole, mais à payer les fournitures achetées aux autres pays européens au détriment de la production locale, non sans avoir entraîné une forte inflation en Espagne même. L'Espagne sortit ruinée de ce que l'on appelle pourtant aujourd'hui le "Siècle d'or espagnol", tandis que les conditions dans le reste de l'Europe furent propices au développement industriel.

 

Après 1800, l'argent se fait rare et l'étain devient la première ressource. La ville entame son déclin économique d'autant plus que l'on découvre d'autre mines (Pérou, Mexique). Alors qu'elle était plus importante que Paris ou Londres au milieux du XVIIe avec ses 165 000 habitants (plus que maintenant) elle n'en comptera plus que 9000 en 1825.

 

Nous nous arrêteront là pour le côté historique pour parler des conditions actuelles et de la visite.

 

  • Et maintenant, on en est où?

Après avoir lu le Routard, j'avais un peu des doutes sur la visite de la mine. La pertinence d'aller jouer au mineur pendant 2h alors que des hommes y laissent encore leur santé voir leur vie. Mais finalement, étant encore dans les jours fériés de la Toussaint, le guide de l'agence choisie nous informe qu'il n'y aura surement que peu de mineurs dans la mine, ce que nous préférons. Nous choisirons donc une agence qui regroupe d'anciens mineurs reconvertis en guides et organisés en coopérative.

 

- Le quotidien du mineur : un monde de Croyances, Coca, Alcool & Dynamite!

 

En quoi consiste la journée d’un mineur en Bolivie… ou du moins à Potosi (Il peut être dangereux de généraliser).

 

Tout d’abord, notons que son quotidien n’est pas aussi dur que la représentation de Germinal pourrait nous faire penser. Beaucoup d’entres eux font ce métier car ils l’aiment et l’attrait de l’argent (la monnaie pas le minerai) les pousse aussi à continuer même si c’est un métier qui reste dangereux au quotidien ou pour la santé.

 

Chaque mineur travaille en moyenne 8h par jour, découpées en 2 phases de 4h et 2h de pause ou plus pour se restaurer et ce entre 8h et 18h. Chose amusante, les mineurs n'ont pas de montres et utilisent la coca pour se rendre compte du temps qui passe. La coca n'ayant plus de goût après 4h.

 

D'après le Routard, l'espérance de vie des mineurs ne serait que de 45-50 ans, ce que nous dément notre guide en nous disant que son père a travaillé toute sa vie dans la mine, qu'il a aujourd'hui plus de 60 ans et qu'il se porte bien avec cependant des problèmes respiratoires.

 

Aujourd'hui les galeries se creusent à la dynamite et les minerais sont extraits au marteau-piqueur alimenté par de l'air comprimé venant de l'extérieur et qu'on verra dans des tuyaux tout au long de la visite.

 

Le plus jeune mineur dans la partie de la mine que nous avons visité n'a que 11 ans (c'est un mineur mineur). Je crois que le guide nous a dis qu'il était orphelin. En effet beaucoup d'enfants perdent leur père dans la mine mais restent habiter en périphérie ou leur famille ou d'autre mineurs s'occupent un peu d'eux.

 

- Le mode d’accession à la mine

 

Un nouveau mineur doit suivre un « cursus » de 3 ans avant d’être reconnus mineur indépendant. Pendant ces 3 années, le mineur est en fait un apprenti. Le mineur confirmé le prend sous sa responsabilité et le fait évoluer vers le statut autonome.

  • La première année, l’apprenti va être réellement le bras droit du mineur. (Chaque mineur ne pouvant « empiéter » sur le « terrain » d’un autre mineur.) Il aura à sa charge de porter les outils du mineur, porter les fragments de roche à l’extérieur. Il aura un salaire fixe.

  • La deuxième année, l’apprenti prendra plus de responsabilités. Il continuera à travailler de concert avec le mineur mais son salaire sera indexé sur la quantité & qualité des minerais récoltés dans le filon par l’équipe. Les revenus seront divisés entre les 2 à part égales.

  • La troisième année, l’apprenti se voit attribuer l’entière responsabilité du « filon ». Il doit acheter ses propres outils & travaille seul le filon mais toujours sous la supervision du mineur. A ce moment, les revenus sont répartis à 85% pour l’apprenti & 15% pour le mineur.

C’est seulement après ces trois années que l’apprenti peut prétendre à un « filon ». C’est à dire à un emplacement dans la mine où seul lui peut extraire du minerai & en tirer profit.

 

Mais voilà, avoir un emplacement attitré ne veut pas dire qu’on peut facilement l’exploiter. Un mineur doit s’acheter soit même son matériel, et investir soit même dans « l’infrastructure » pour exploiter son filon (installation des rails pour wagonnets si le mineur a suffisamment d’argent, installation d’air comprimé pour les outils (marteau piqueur par exemple). Il est donc quasiment impossible pour un mineur d’avoir accès à la mine sans un « gros » investissement ce qui, pour les boliviens, est quasiment impensable… C’est pour cela que quasiment tous les mineurs entre dans une coopérative de mineurs qui leur fournira du matériel & des infrastructures mais contre une adhésion (coût élevé mais qu’ils peuvent payer en plusieurs fois) & des taxes sur les revenus (en plus de ceux du gouvernement).

 

  • La visite

Tout commence par un passage au marché des mineurs ou il est d'usage d'acheter de la coca, des boissons ou de la dynamite à donner en cadeau aux mineurs, il est également possible d'acheter des cadeaux pour leurs enfants.

 

Puis nous allons nous équiper pour pouvoir faire la visite :

 

 Seyants dans nos jolis costumes, nous allons tout d'abord visiter le lieu de traitement des minéraux. 

 C'est d'abord la que tout se passe, cet espèce de gros rouleau garni de ce qui ressemble a des boulets de canons, tourne assez vite pour casser les minéraux et les réduire en poudre.

Ensuite, le tout est mélangé à de l'eau et des produits chimiques. Les déchets tombent au fond et les minéraux restent à la surface.

 Les minéraux sont mis à sécher...

 ... pour les récolter sous forme de poudre où tous les types de métaux sont mélangés (étain, zinc et plomb principalement et argent plus rarement). La poudre sera envoyée à l'étranger pour séparer les minéraux chimiquement.

 Dehors ils laissent l'eau décanter pour la séparer des déchets et qu'elle soit réutilisée dans le procès.

Notre guide : ancien mineur, surnommé "Rei Leon" (roi lion) lorsqu'il travaillait dans la mine à cause de ses dreads. Il a commencé à travailler à 13 ans avec son père et ses frères, aujourd'hui il a 36 ans et est devenu guide, depuis les mineurs le surnomment plutot "face de lama" car il travaille avec les touristes. Ils ont tous des surnoms qui sont généralement pas très sympa. Par exemple ils appellent le petit de 11 ans qui travaille avec eux "pisse de lama".

Cette fois direction la mine :

Les abords de la mine : décidément, le traitement des déchets ce n'est pas encore ça et malheureusement je comprend que ce n'est pas leur priorité...

 Et enfin la mine : 

Cette première partie date du temps colonial, c'est pourquoi elle est pavée. Plus loin, on ne voit plus que le caillou brut parfois un peu tenus par des troncs d'eucalyptus. Comme il n'y a aucun travailleur aujourd'hui, on va pouvoir faire un plus grand tour que prévu dans la mine et ainsi traverser 3 différentes parties et ressortir à l'autre bout.

 Malheureusement je ne pourrais pas trop vous dire ce qu'on trouve dans ces photos mais c'est joli non?

 

Dans une mine, c'est un peu comme dans une grotte, il fait noir, dans celle-ci pas particulièrement chaud (apparement certaines sont très chaudes), c'est étroit et/ou très bas de plafond, il y a des infiltrations d'eau donc de l'eau par terre (heureusement on a des bottes) et des espèces de formations minérales liées je pense aux gaz. Le problème ici c'est que ces gaz sont parfois nocifs donc pour nous protéger nous avons des masques de chirurgien. J'ai quelques doutes sur l'efficacité de ces masques dans ce contexte mais bon, c'est déjà ça.

 

Presque à la fin de la visite nous trouveront le Tio de la mine (statue en argile représentant un homme nu avec des cornes qui tient son attribut dans la main, l'autre main tournée vers le ciel attend qu'on lui offre de la coca, ses yeux sont faits de billes de verre vertes ce qui lui donne un regard inquiétant et ses dents où l'on coince des cigarettes ont l'air vraies). Tio viendrait de Dio car les espagnols voulait au départ imposer leur dieu mais les indiens n'arrivaient pas à prononcer le "d" qui se serait transformé en "t".  Les mineurs vont régulièrement rendre visite au Tio pour lui demander des faveurs et déposer des offrandes (alcool à 96° qu'ils boivent avec lui, feuilles de coca, cigarette).

 Sortie de la mine, enfin, après avoir suivi des galeries, gravi des échelles et pataugé dans la boue :

Et retour dans notre "véhicule" (je ne sais pas trop comment l'appeler...) mais il est classe non? 

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